Lecture 2 -essai

Une nuit sur l'autoroute A6 des camions venant du Nord descendaient vers l'Italie via Lyon. C'était dur et on se tenait éveillé en se racontant des histoires plus ou moins drôles et parfois en chantonnant des vieux tubes qui nous rappelaient certains étés d'il y a longtemps et qui finissaient par nous rappeller d'autres annecdotes. Puis à un moment ce fut le silence sur la CB. Trop de fatigue, plus rien à dire. Le trou quoi.



" Bernard " [c'était ainsi qu'on m'appelait "avant"]
" Wouhai..!"
" Allez sors nous quelque chose "
" Wouhai..!"
" Une chanson"
" Bof.................!"

On a beau être un boute-en-train , il y a des moments où l'on n'a plus rien à dire, mais les collègues insistent

" Bernard "
" Wouhai..! "
" Allez lance nous une vanne, fais nous rire"
" Wouhai les gars..! "

Et la file de camions-remorques arrive à la hauteur de Chalons-sur-Saône Nord. Là , il y a un terrain d'aviation et sur le batiment qui juxtapose la tour de contrôle, un artiste a dessiné des ballons à air chaud des mongolfières, et là, forcément, ça m'inspire et je pars dans un grand délire :

" Balounes , balounes, des balounes , j'adore les balounes , surtout les balounes rouges , wouhaha des balounes........." le tout avec une voix fluette de petit gaçon tout étonné de voir des ballons.

 

avec Baloune

C'est alors qu'un cibiste silencieux, qui devait nous écouter depuis un moment, s'en prit au petit garçon qu'il entendait délire et les insultes commencèrent à fuser

Allez savoir ce qui nous passe par la tête parfois, en reprenant ma grosse voix de Bernard, le routier, je me mis à expliquer à ce grincheux que ce n'était pas un petit garçon qui s'émerveillait de voir tous ces ballons mais un ancien collègue qui, à la suite d'un accident, ne pouvait plus conduire et qui m'accompagnait parfois pour "reprendre la route" comme avant, au bon vieux temps. En voyant ces ballons dessinnés sur ce hangar ce vieux routier avait retrouvé son âme d'enfant et n'avait pu contenir sa joie et son émotion.

Aussitôt d'autres cibistes se manifestèrent en prenant partie pour ce collègue handicapé qui venait de naître et tous voulaient lui parler. Certains même cherchaient à savoir où j'étais pour se faire un visu et boire un café sur une aire de repos. Mais les camions continuèrent inexorablemant leur route vers Lyon et le calme revint. Quand soudain, un collègue, qui n'en revenait pas d'avoir vécu cette étrange histoire, s'écria :
" Hé Baloune raconte nous des histoires ! "

Depuis, mon compagnon imaginaire a disparu, mais le surnom de Baloune m'est resté
Certains par la suite m'appelleront "Baloo" à cause de ma corpulence qui leur rappellait l'ours du livre de la jungle , d'autres "Balloon" à l'américaine, mais je décidais de rester "Baloune" du fait de ma passion pour tout ce qui vole qui n'a jamais cessé de m'habiter.

Liste des articles de la catégorie